Aïda Nergararian a développé au Kanone un jeu souple, virtuose, non académique, incluant de nombreuses influences orientales diverses. Particulièrement sensibilisée aux musiques de l’Asie Mineure, elle s’est orientée vers des répertoires originaux teintés d’orientalisme. Loin de s’enfermer dans des styles figés, ses sources d’inspirations voyagent entre l’Anatolie et le Caucase. Membre depuis plus de trente ans de l’Ensemble de Musique Traditionnelle Arménienne, Djivani » (JP Nergararian), elle excelle dans des répertoires aussi variés qu’inattendus.
Elle revendique vigoureusement son non cursus, et proclame son "autodidactie" qui lui a permis une large approche spontanée de divers répertoires et improvisations hors des carcans institués.
Après avoir longtemps travaillé les répertoires d’Arménie, elle s’intéresse aussi aux expressions plus anciennes des vieux modes de l’Arménie Mineure, aux intonations modales, souvent écrites et jouées par des compositeurs arméniens d’Anatolie, interprétations toujours en cours actuellement, notamment par les joueurs de kanun et de oud, pour ce qui est des instruments joués par les Arméniens de ces régions, descendants de cette lignée très ancienne. Il est à noter que le kanun, en Arménie, a été "amputé" de ses nombreuses manettes, ne lui en laissant que deux par note sur toute son étendue, lui soustrayant ainsi la possibilité des micro-intervalles des gammes modales d’orient.
Il est donc devenu un instrument tempéré, alors qu’ailleurs, il a été préservé dans toute son intégrité. Toutefois, en Arménie, les ensembles dits "de musique traditionnelle" ont eu et ont toujours des virtuoses de grand niveau, aussi bien au kanun qu’au oud, mais ciblant une motivation à résonnance plus proche de l’occident. Aïda Nergararian a donc souhaité rétablir ce dilemme, et se tourner vers le kanun selon l’origine de celui-ci, et en abordant une exploitation plus généraliste.......
Photo haut de page : Françoise Habert ; "nOir Opale"